Betima n’oubliera pas de si tôt ce qu’elle a vécu à l’aéroport international de Douala. A quelques instants du vol de l’avion de Douala à destination de Paris, après avoir rempli toutes les formalités d’usage, revenue une dernière fois pour « dire au revoir » à son bien aimé, elle  a vue des pages de son passeport broyées par ce dernier. Il était exactement 22 heures à Douala quand l’enthousiasme était à son comble surtout pour Betima qui avait longtemps rêvé de ce jour, d’être à Paris. Depuis presque 5 ans, elle caresse toujours l’envie de partir, tout comme des milliers de jeunes Camerounais. Après avoir reçu les refus de demande de visa dans  quatre  chancelleries occidentales représentées au Cameroun, plus rien, en principe, ne devait l’empêcher de voyager puisqu’elle avait fini par avoir le sésame. Un visa court séjour, d’entrée en France. Puisque toutes les formalités étaient remplies.

Le visa d’entrée en France est devenu rare en Afrique mais, rien n’empêche certains jeunes à tenter leur chance. Comme bon nombre d’eux, Betima, étudiante en 5è année à la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de l’Université de Douala, rêvait d’aller en France. L’occasion lui fut offerte  cette année  grâce à une tombola organisée par une société brassicole de la place, mais c’était sans compter avec la jalousie de son fiancé Aloga. Lequel avait peur de perdre sa moitié, avec laquelle il avait de nombreux projets surtout de mariage.

Pourtant, il avait désormais adopté une attitude de résignation. Pour la confirmer, il était parti accompagner sa fiancée à l’aéroport, tout comme la quasi totalité des membres de la famille de Betima qui y ont fait le déplacement pour la circonstance. A peine arrivés, Betima et Alouga s’étaient écartés des autres accompagnateurs pour un instant de solennité et d’intimité. Le couple se connaissait assez bien, presque cela faisait 5 ans qu’ils vivaient ensemble.

Photo: illustration

Betima, quelque peu triste, tentait de consoler son futur époux en ces termes : «Ne soit pas triste mon cœur ».  » je reviens dans un mois avec des cadeaux » « j’irais à la Tour Eiffel faire des photos pour toi »

Aloga qui donnait l’impression de tolérer, répondait : «Ne t’inquiète pas, chou,  j’avais eu un peu peur, mais à présent ça va… ».

Les deux vont revenir dans le grand hall pour des séances de photos avec la famille de Betima. L’ambiance est de taille. Le sourire se lit sur tous les visages mais, celui de Aloga demeure dubitatif.

Quelques instants après, un haut parleur doit distiller un message à l’instant des voyageurs de se diriger vers le poste de contrôle des bagages et les formalités du voyage.

Comme elle s’y attendait, Betima doit  démontrer qu’elle n’a pas perdu l’usage de ses jambes et qu’elle peut rivaliser avec Ben Johnson sur les cent mètres pour être la première devant les guichets.

Après une quinzaine de minutes de formalités, Betima reviendra vers sa famille et son fiancé, cette fois pour leur dire au revoir pour la dernière fois, avant de longer le long couloir des salles d’embarquements.

Entre ces deux propos, Aloga dit à sa fiancé de lui montrer elle aussi une dernière fois son visa afin qu’il puisse bénir son voyage. Betima qui ne s’attendait à aucun geste maléfique de son fiancé, doit lui tendre en toute confiance son passeport. C’est ainsi qu’après avoir donné l’impression de feuilleter entre les pages de ce passeport, il s’est saisi de la page  du visa et d’un geste décidé, il a arraché deux pages qu’il a sur le champ mis dans la bouche devant le regard étonné de la famille de Betima qui s’activait encore à faire des prises de vues avec cette dernière. Stupéfaite, Betima se mit à crier : «Aloga m’a tuée, il a détruit ma vie».

Au moment où on demande à Betima ce qui se passe, Aloga, pris de rage s’applique à déchirer le reste du passeport resté entre ses mains. Après avoir compris ce qui se passait, l’un des grands frères de Betima n’avait pu s’empêcher d’envoyer son gendre au tapis à travers de violents coups de tête.A quelques minutes du départ de l’avion, afin de se rassurer, le père de Betima téléphone pour prendre des nouvelles. Il est horrifié d’apprendre ce qui s’est passé. Il décide alors d’arriver sur les lieux.

Le père de Betima qui au départ était souffrant, arrive sur place et toute la famille se transporte à la maison y compris Betima en larme, tenant entre ses mains, les quelques pages « rescapées de son passeport », fruit de la furie de son fiancé. Elle est alors rassurée par son père qui lui promet de faire tout son possible pour qu’elle face ce voyage le plus tôt.

Trois semaines après, c’était à nouveau le départ, pour l’occasion vous pouvez imaginez l’état d’esprit des uns et des autres avant le départ. A l’aéroport pour l’accompagner, il n’y avait plus que le père et la mère de Betima et comme l’avait soupçonné Aloga, elle risque de ne plus revenir.

© Camer.be : Yolande Tankeu  

Kongossa.fr : l’actualité du Cameroun en temps réel.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.