Enquête – Burkina Faso: «La moitié des Burkinabè est favorables au retour de Blaise Compaoré»

Combien de Burkinabè veulent le retour de Blaise? Combien veulent tourner la page de l’insurrection ? Ils sont combien ceux qui veulent la réconciliation et le pardon en lieu et place de la justice et de la vérité ? Voilà autant de question qui ont trouvé des réponses dans l’enquête qu’a organisée Afrobaromètre en 2017 sur les attitudes et les perceptions des citoyens burkinabè sur l’insurrection. La publication inaugurale des données a été faite le vendredi 18 mai 2018 par l’Institut général Tiémoko-Marc-GARANGO pour la gouvernance et le développement (IGD). Il en ressort que 50% des Burkinabè sont favorables à un retour sans crainte d’emprisonnement de Blaise.

S’il y a bien une chose qui a marqué la vie des Burkinabè ces cinq dernières années, c’est l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 qui a poussé le président Blaise Compaoré hors de nos frontières. Mais trois ans après, on se demande bien ou en est le peuple intègre avec cette soif de démocratie et de justice. D’après la récente enquête d’Afrobaromètre, les Burkinabè semblent partagés entre manifestation de la vérité et oubli de ce qui s’est passé. « Entre 2015 et 2017, les partisans de l’oubli et de l’armistice se sont accrus de façon significative », a affirmé la coordonnatrice de l’enquête, Agnès Kaboré.

Selon cette dernière, il y a 48% qui sont pour la vérité et 49% pour l’oubli. En outre l’enquête a révélé que: 53% de personnes sont favorables à l’amnistie pour les personnes suspectées de crimes et de violations des droits de l’homme au cours de l’insurrection de 2014. «Dans l’intérêt de la réconciliation nationale, la moitié des Burkinabè, surtout les femmes (53%) et les ruraux (53%), pensent que ce serait une bonne chose que Blaise soit autorisé à retourner au Burkina sans crainte d’être emprisonné ; les citadins eux, y étant moins favorable (41%)», a révélé cet enquête d’Afrobaromètre réalisée en 2017.

En 2015, une autre étude de cette institution avait indiqué que c’était seulement 39% de la population qui était favorable au retour de l’ancien président. Qu’est-ce qui peut bien expliquer cette évolution? Selon le chargé de programme IGD, Abdoul Karim Saidou, cela est lié à un certain désenchantement vis-à-vis des procédures judiciaires (voir encadré). Comment une telle enquête a été réalisée et pourquoi les résultats sont extrapolés? Le premier responsable de cette étude explique que c’est 1200 personnes qui ont été interviewées, un échantillon représentatif de toutes les sensibilités du pays, ce qui permet de faire une extrapolation, et il donne une marge d’erreur de plus ou moins 3%. A noter qu’Afrobaromètre existe dans 36 pays. Et c’est six séries d’enquêtes qui ont été réalisées entre 1999 et 2016, les enquêtes de la série 7 sont actuellement en cours (2016-2018).

J. Benjamine Kaboré


«Les gens sont pour le pardon, l’oubli et l’amnistie parce qu’il y a un désenchantement vis-à-vis de la justice» (Le chargé de programme IGD, Abdoul Karim Saidou)

Afro-baromètre est un réseau de recherche non partisan qui mène des enquêtes d’opinion publique sur la démocratie, la gouvernance, les conditions économiques et d’autres questions connexes dans plus de 30 pays en Afrique. Au Burkina, l’enquête de 2017 a été dirigée par l’IGD. Son chargé de programme, Abdoul Karim Saidou, revient sur les résultats et les attentes liés à cette publication.

On remarque qu’entre l’enquête de 2015 et celle de 2017, il y a une évolution des perceptions, de plus en plus les gens sont favorables au pardon et à l’oubli ; qu’est ce qui justifie cela ?

Cette évolution des perceptions peut s’expliquer par plusieurs variables. On peut avancer le fait qu’il y a un certain désenchantement lié aux procédures judiciaires. Cela peut être aussi lié au fait qu’après deux ans, les gens aient changé de vision. Au sortir de l’insurrection, les gens avaient beaucoup d’attentes en matière de justice mais après quelques années, ils sont plus attachés à la question de l’oubli, de l’amnistie, du pardon qu’à la justice et à la vérité.

Les populations rurales et les femmes sont plus enclines à aller vers la réconciliation, est-ce qu’elles comprennent les enjeux et le sens de ce qui s’est passé en 2014 ?

Il n’est pas facile de savoir si tout le monde en comprend les enjeux parce que l’objectif d’Afrobarometre, c’est surtout de donner la parole aux citoyens. Il y a une différence entre les perceptions urbaines et rurales parce que l’insurrection a été essentiellement un phénomène urbain. Si les femmes sont plus favorables au retour de Blaise Compaoré, c’est peut-être lié aux variables culturelles.

Pourquoi s’être intéressé à la réconciliation ?

C’est un sujet d’actualité au Burkina. L’enquête Afrobaromètre se base sur un questionnaire identique dans tous les 36 pays, mais on permet à chaque pays d’ajouter des questions spécifiques. C’est pour cela que, dans le cas du Burkina, nous avons estimé que depuis l’insurrection, les questions de la justice et de la réconciliation sont fondamentalement ce qui préoccupe les Burkinabè. Il y a également les questions de la sécurité et de l’abolition de la peine de mort.

Qu’est-ce que vous attendez de la publication de ces données ?

Que les différents acteurs se l’approprient. Il est important que les opinions des citoyens soient prises en compte dans les décisions gouvernementales ainsi que celles des parties politiques et de la société civile.

J.B.K

source: L’Observateur Paalga