EMPLOYÉE D’UNE GARE, ELLE EST MORTE DU COVID-19 PARCE QU’UN CLIENT LUI A CRACHÉ DESSUS

Elle travaillait sans protection. Chargée de vendre des billets dans le hall de la gare, cette guichetière des chemins de fer britanniques a été contaminée après une agression.

Vendeuse de billets à la gare de Victoria, à Londres, Belly Mujinga ne faisait que son travail. Un travail en première ligne, sans protection, en pleine épidémie de Covid-19, qui lui a coûté la vie. « Nous sommes choqués et dévastés par la mort de Belly. Elle fait partie des trop nombreux travailleurs de première ligne qui ont perdu la vie à cause du coronavirus », a déclaré Manuel Cortes, le secrétaire général de TSSA, syndicat britannique des transports et des voyagistes. Le 22 mars, Belly Mujinga, originaire de République démocratique du Congo et installée en Angleterre depuis vingt ans, se trouve dans le hall de la gare londonienne avec une collègue lorsqu’elle est prise à partie par un usager prétendant avoir le Covid-19.

« Elles étaient dans le hall à côté du guichet. Un homme s’est approché d’elles en leur demandant ce qu’elles faisaient là. Puis, il leur a dit qu’il avait le coronavirus et il leur a craché dessus », raconte la cousine de Belly. Après l’agression, la mère de famille dénonce ses conditions de travail, sans équipement individuel de protection en dehors du guichet. « On ne leur a pas donné de masques ni de gants ! s’offusque son mari, Lusamba Gode Katalay. Les employés ont donc été directement exposés sans protection. L’employeur et l’Etat britannique ont leur part de responsabilité. »

Belly s’éteint à l’hôpital, terrassée par le Covid-19, quinze jours après son agression

Quelques jours plus tard, les deux employées tombent malades. Le médecin de Belly Mujinga lui prescrit un arrêt maladie, notant qu’elle souffre de problèmes respiratoires. Très rapidement, son état de santé empire, jusqu’à nécessiter une hospitalisation en urgence. « Ma femme est partie en ambulance pour l’hôpital Barnet le 2 avril, témoigne son mari, le cœur lourd. Ingrid, notre fille de 11 ans, et moi ne l’avons jamais revue vivante. »

Trois jours plus tard, le 5 avril, Belly s’éteint à l’hôpital, terrassée par le Covid-19, soit quinze jours après son agression. Double peine pour la famille de Belly. En raison des mesures liées à la crise sanitaire, seules dix personnes ont pu assister aux funérailles. « C’était une bonne personne, une bonne mère et une bonne épouse. Elle est morte et on l’a enterrée sans pouvoir la revoir ! « , conclut le cœur brisé son époux.

« Sa mort n’était pas inévitable ! »

Face à la polémique, Southern Railway, la compagnie qui employait la mère de famille, a déclaré prendre l’affaire « très au sérieux » et a lancé des investigations internes. La police britannique des transports a aussi ouvert une enquête. Le syndicat des transports s’est insurgé : « Sa mort n’était pas inévitable ! » et a demandé que les familles de tous les travailleurs du secteur tués par la maladie Covid-19 reçoivent une indemnisation de la part du gouvernement, comme c’est déjà le cas pour les soignants.

Source: Autre Presse