Confidence : Je regrette d’avoir « gbassé » (envouté) mon homme

Bonjour ! Je veux vous raconter l’histoire que j’ai vécue en 2003. J’avais à peine 20 ans. J’aimais passer mes temps libre dans les cybercafés, en compagnie de ma meilleure amie,  pour ‘’tchater’’. C’est comme ça que j’ai fait la rencontre d’un Blanc. Il était beaucoup plus âgé que moi.

Après quelques échanges via webcam et des appels téléphoniques, il est tombé amoureux de moi. Je lui ai envoyé plusieurs photos. Et presque chaque soir, il m’appelait. Je passais de longs moments avec lui, accrochée à mon téléphone. Je vivais un petit rêve en secret, car mes parents ne savaient pas cela au début. J’avais peur de leur dire que j’avais rencontré un homme sur internet, surtout un vieux monsieur. 

Cependant, ma copine m’a encouragée à poursuivre, car d’après elle, on ne sait jamais où se trouve le bonheur. Elle-même avait un ami européen rencontré via internet qui lui envoyait souvent de l’argent. On s’en servait pour faire la fête ou pour faire du shopping. Moi, au début, je voulais rencontrer l’amour et partir en Europe. C’est ce que m’a proposé mon correspondant, au bout de quelques mois. Je me suis donc résolue à en parler à mes parents. Mon père s’y opposait, en sortant l’argument que cet homme n’était pas de ma génération. Après plusieurs discussions avec ma mère, il a fini par céder, un peu à contrecœur. J’ai rempli les formalités pour mon départ et c’est comme ça que je me suis retrouvée en France pour la fois.

Mon homme vivait dans la périphérie de Paris, dans un bel appartement. Il m’a confié qu’il l’avait acheté après son divorce. Son ex-épouse vivait avec leurs enfants dans leur maison, à Paris. Il vivait donc seul depuis un moment, et passait beaucoup de temps à voyager. C’était l’un de ses passe-temps. Il était à la retraite, mais était propriétaire d’une petite entreprise que sa fille aînée gérait.

Dès les premiers jours de mon arrivée, il n’a pas tardé à me faire sa demande en mariage. J’ai appelé ma copine pour ‘’l’affairer’’, car c’est elle qui me filait des astuces. En fait, elle m’a dit que c’était une bonne opportunité à saisir pour moi. Car, si le vieux Blanc venait à mourir, je deviendrais la propriétaire de tous ses biens y compris de l’appartement. J’ai donc demandé à mon conjoint de me laisser le temps d’aller informer mes parents, selon la tradition africaine. C’était un prétexte pour revenir au pays. J’ai suivi les conseils de ma copine, en allant voir un marabout. C’était pour « gbasser » (envoûter : ndlr) le Blanc. Car, je voulais que nous nous mariions sous le régime de biens communs, afin qu’il mette mon nom sur tout ce qui lui appartenait. J’avoue que j’ai fait cela avec un petit pincement au cœur, vu que c’était un homme gentil, très attentionné. Même pendant mon séjour au pays, il m’envoyait de l’argent. Et c’est de cet argent-là que j’ai pris pour aller le « gbasser ». 

Contrairement à moi, lui avait déjà connu le mariage, même s’il avait divorcé, après plus d’une vingtaine d’années et deux enfants. Cet épisode l’avait beaucoup marqué. Mes parents n’ont pas trouvé d’inconvénients à ce que je vive avec lui. Nous nous sommes mariés. Mon mari appréciait beaucoup les plats africains que je lui faisais. Il s’est très vite adapté à ma cuisine. On ne se lâchait pas d’une semelle. Sexuellement, ça se passait plutôt bien. Malgré son âge, il était étonnamment actif. Ma copine m’a dit qu’il finirait par s’épuiser. Mais je crois que c’était plutôt le contraire. Puisqu’il arrivait que certains soirs, mon homme en redemande, alors que moi j’étais à bout. On a fini par avoir un enfant. Et c’est la venue de ce garçon qui est venu changer ma façon de penser et de concevoir la vie. 

En effet, avant que je sois mère, j’étais le genre de fille tête en l’air. Seuls mes intérêts comptaient. C’est ce qui m’avait d’ailleurs poussé dans les bras de cet homme. Il s’est bien occupé de moi, il était toujours à mes petits soins. Auprès de lui, je n’ai jamais manqué de rien. Il m’a appris à aimer avec le cœur, à être patiente, à être une femme réfléchie. La société occidentale aurait pu facilement m’entraîner dans cette absence de vertu que je reconnais avoir eu un moment. Mais je pense que j’ai eu de la chance d’être tombée sur un homme qui a su me « redresser ». Si bien qu’au final, je me sentais incapable de lui faire le moindre mal. J’ignore si c’est le fait d’être devenue maman qui a réveillé mon instinct maternel. Dès lors, tout ce que je voulais c’était la sécurité de ma famille, de ceux que j’aimais le plus au monde, mon mari et notre petit garçon. Ils étaient les deux hommes de ma vie, en dehors de mon père qui a toujours été là, pour me prodiguer de bons conseils.

Mais avec le temps et le poids de l’âge, la santé de mon mari a commencé à se dégrader. Les médecins lui recommandaient de se ménager, mais cela n’a jamais été le fort de mon homme. Il aimait bouger, se sentir utile aux autres. Sans être forcément perfide, je me suis demandée comment une femme en l’occurrence son ex-épouse a pu divorcer de lui, cet homme aussi attachant et plein d’humour ? Mais bon, à quelque chose malheur est bon, dit l’adage. Sans cela, je ne l’aurais jamais croisée.

Grâce à Dieu, il s’en est sorti. Mais il ne pouvait plus marcher. Je m’occupais de lui, et je sentais combien de fois il était désolé de me faire de la peine. Depuis qu’il est sorti physiquement diminué par la maladie, je me suis retrouvée en quelque sorte l’homme de la maison. Je m’occupais de tout, je faisais les courses pour la famille, etc. Mais je faisais tout cela avec plaisir pour lui, parce que pour une fois dans ma vie, j’étais contente de me sentir humaine, utilise à quelqu’un, de surcroît mon mari. C’est vrai, je ne faisais plus rien par intérêt, mais avec le cœur. Grâce à l’assurance maladie qu’il avait contractée, il a eu droit à une confortable indemnisation. Il est décédé quelques mois plus tard. Il m’avait légué une bonne partie de ses biens, telle que la maison, et les deux véhicules que nous avions. Ainsi qu’une somme d’argent intéressante. Le reste revenait à ses enfants. 

Le seul point qui me chagrine c’est le fait que j’ai usé au départ d’artifices pour avoir ces biens. Lors de la maladie de mon mari, je suis revenue au pays pour demander au marabout d’annuler l’envoûtement. Il m’a rassuré que cela n’avait rien à voir avec le sortilège. Mais moi, je ne voulais pas avoir mauvaise conscience. Pour moi, même si mon mari décédait sans rien me laisser, ça ne changerait rien à mes sentiments à son égard. Le fait d’avoir vécu à ses côtés toutes ces années m’avait permis de mûrir et de voir la vie autrement. C’était un homme généreux. Avec lui, j’ai connu l’amour, la joie et le bonheur.