Parler d’alternance politique en Afrique reste souvent délicat. Le continent est régulièrement marqué par des présidences longues, parfois contestées, et des transitions difficiles. Pourtant, à contre-courant de cette image, certains dirigeants africains ont fait un choix rare et fort : partir volontairement du pouvoir, sans contrainte majeure, en respectant la Constitution ou le verdict des urnes.

Ces décisions, souvent saluées à l’intérieur comme à l’extérieur de leurs pays, constituent des repères importants pour la démocratie africaine. Retour journalistique sur cinq chefs d’État africains qui ont choisi de s’effacer au moment opportun.

Nelson Mandela, le symbole du renoncement (Afrique du Sud)

Lorsqu’il devient président en 1994, Nelson Mandela incarne l’espoir d’une nation meurtrie par des décennies d’apartheid. Sa stature morale, son aura internationale et l’attachement du peuple sud-africain auraient largement pu justifier une longévité au pouvoir.

Pourtant, en 1999, Mandela surprend en annonçant qu’il ne briguera pas un second mandat. À 80 ans, il estime que l’Afrique du Sud a davantage besoin d’institutions solides que d’un homme providentiel. Ce départ volontaire reste l’un des actes politiques les plus marquants de l’histoire contemporaine africaine.

Joaquim Chissano, la discrétion au service de la stabilité (Mozambique)

Arrivé au pouvoir en pleine guerre civile, Joaquim Chissano a dirigé le Mozambique pendant près de vingt ans. Il est l’un des artisans majeurs des accords de paix qui ont mis fin au conflit et relancé la reconstruction du pays.

En 2005, alors qu’il pouvait encore influencer la scène politique, il choisit de quitter la présidence à l’issue de son mandat. Un départ sans bruit, mais lourd de sens, qui a contribué à installer une culture de respect constitutionnel dans un pays longtemps marqué par l’instabilité.

Pedro Pires, la continuité démocratique capverdienne (Cap-Vert)

Le Cap-Vert est souvent cité comme un modèle de gouvernance en Afrique, et Pedro Pires y a largement contribué. Président de 2001 à 2011, il gouverne un pays sans grandes tensions politiques, misant sur la consolidation institutionnelle.

À la fin de son second mandat, Pedro Pires refuse toute idée de prolongation, malgré une popularité certaine. Il quitte le pouvoir dans le strict respect des règles démocratiques, renforçant l’image d’un État où l’alternance est devenue une norme et non une exception.

Goodluck Jonathan, le choix de la paix (Nigeria)

L’élection présidentielle nigériane de 2015 aurait pu plonger le pays dans une crise majeure. Dans un contexte sécuritaire tendu et face à une opposition déterminée, Goodluck Jonathan perd le scrutin.

Contre toute attente dans un pays habitué aux tensions post-électorales, il reconnaît sa défaite avant même la proclamation définitive des résultats et félicite son adversaire. Ce geste, simple en apparence, a permis d’éviter des violences à grande échelle et reste l’un des actes politiques les plus responsables de l’histoire récente du Nigeria.

Mahamadou Issoufou, une transition saluée en Afrique de l’Ouest (Niger)

Président du Niger de 2011 à 2021, Mahamadou Issoufou dirige un pays confronté à de lourds défis sécuritaires et économiques. Malgré ce contexte, il respecte la limitation constitutionnelle des mandats.

En 2021, il organise une passation de pouvoir civile à son successeur élu, un fait suffisamment rare dans la région sahélienne pour être largement salué par les observateurs africains et internationaux. Son départ volontaire a renforcé l’idée qu’une alternance pacifique est possible même dans des environnements fragiles.

Une leçon politique encore minoritaire

Ces cinq parcours ne constituent pas la norme en Afrique, mais ils envoient un message clair : le pouvoir peut être exercé sans être confisqué. En choisissant de partir, ces dirigeants ont souvent gagné une crédibilité historique supérieure à celle acquise par de longues présidences.

À l’heure où de nombreux pays africains cherchent à renforcer leurs institutions, ces exemples rappellent qu’une démocratie ne se construit pas uniquement par des élections, mais aussi par la capacité des dirigeants à savoir quitter la scène au bon moment.